Malawi, Cobue Mozambique, l’incident

Cynotilapia zebroides à Cobue au Mozambique.

A Cobue, au Mozambique, beaucoup connaissent le sulfureux Cynotilapia zebroides. Mais peu se doutent que ce jour là, Il y avait aussi une kalachnikov passablement énervée. J’ai bien cru que nous allions y rester…et croyez moi c’est glaçant.
Le choix du Mozambique ne se joue à rien à cet instant : nous n’avons plus beaucoup d’essence, ni d’argent. Flep aimerait bien me montrer l’île de Chizumulu, et Barnabas nous convainc de plonger plutôt au Mozambique. En effet, il a vu l’officier de l’immigration et nous n’aurons pas de taxe à payer. Qui plus est, la distance est sensiblement équivalente à l’île de Chizumulu.  Nous décidons alors de programmer trois plongées pour la journée :

Cobue, Mara Point et une troisième entre ses deux sites.

Quelle ne fut pas notre surprise d’avoir quelques voyageurs supplémentaires pour la traversée (deux mozambicains et l’officier de l’immigration Malawite). Nous comprenons mieux pourquoi il fallait absolument préférer le Mozambique à Chizumulu.

Cobue, vu depuis le MV Ilala quelques jours plus tard…

Une fois arrivés sur la plage de Cobue, l’officier s’occupe de régler quelques formalités d’immigration pendant que nous attendons dans le bateau. Cela n’aboutit pas et l’on nous demande tout de même de venir. Après maintes discussions, incompréhensibles et interminables, nous sommes finalement autorisé à nous mettre à l’eau.

Nous reprenons le bateau ; le site retenu pour plonger est au sud de la plage.

Sous l’eau, la vue est agréable : les rochers sont couverts d’algues rouges et la profondeur est faible, moins de 4m.
Le sol semble être composé d’une roche légèrement vallonné.
Très vite, les premiers Cynotilapia zebroides font leur apparition.

Ils sont effectivement très beaux avec une zone jaune bien marqué sur le haut du corps.

Je tente quelques images. Deux ou trois pas plus.

Cynotilapia zebroides à Cobue au Mozambique.
Tropheops macrophtalmus femelle à Cobue au Mozambique.
Tropheops macrophtalmus mâle à Cobue au Mozambique.

Tout à coup, une grande secousse agite le tuyau du narguilé, qui m’apporte l’air pour respirer.

Retour en surface. Personne ne me fait signe depuis le bateau.
Je décide donc de redescendre, mais j’ai la sensation qu’il n’y a presque plus d’air ; je remonte et comprends enfin : le compresseur est stoppé.
Un policier mozambicain fort excité pointe une arme en direction du bateau…

Dans un premier temps, nous pensons qu’il nous faut partir, mais en réalité nous devons retourner sur la plage. Notre chef de plongée Barnabas s’exécute.

Le policier est vraiment très énervé… à la limite de l’hystérie. Il nous fait débarquer avec notre matériel de plongée et de photos/vidéos. D’autres policiers arrivent et pointent leurs armes sur le bateau maintenant vide d’occupant.

La tension est forte, presque palpable.  Nous sommes conduits jusqu’à une sorte de petite place en terre battue, sur les hauteurs de la plage.

Il y a trois policier, l’interlocuteur pour l’immigration mozambicaine, les pêcheurs de Grant (Barnabas, Alex), l’officier de l’immigration Malawite, Flep et moi. Johnny, le second pêcheur de S.Grant veille sur le bateau.

Les discussions sont houleuses. Le ton monte. La langue utilisée est un mélange de Chichewa et de Portugais. Les kalachnikov sont tenues fermement.

Je suis tétanisé. Je ne parle plus. Je lis dans le regard de Flep que la situation est hors de contrôle. Flep, pour qui j’ai la sensation d’habitude que rien de ne peut le perturber.

Lui comme moi n’avons aucune idée de ce qui pourrait nous arriver…

Cela fait des heures que nous sommes là et rien ne change. Les discussions sont toujours aussi échauffé.

Le soleil ne va pas tarder à amorcer sa descente, et les couchers de soleil en Afrique sont furtifs.

Barnabas parvient finalement à obtenir de nous laisser partir avec le bateau et de faire saisir uniquement le matériel de plongée et de photographie subaquatique.

Nous pouvons retourner sur le bateau. Des policiers montent et emportent notre matériel. Nous n’opposons aucune résistance. La vie est bien plus précieuse.

Sur le chemin du retour, aucun bruit. Le moteur. Juste le moteur.

Des silhouettes d’arbres se dessinent sur un ciel enflammé…

…belle photo…mais celle-ci restera enfouie. En moi.

Les kalachnikov me hantent.

Ce n’était pas notre heure.

Septième plongée
01/11/2007 Cobue (Mozambique)
3,2 m 6 min.
Temp. eau min. 30 °c

A suivre!

4 réflexions au sujet de « Malawi, Cobue Mozambique, l’incident »

  1. C’est clair que devant une Kalachnikov dont les chargeurs sont pleins, et un appareil photo, le rapport de force, est inégal, et les sphincters peuvent se relâcher (si je puis dire).

    Aïe.

    Le témoignage est prenant !

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